Je vous adresse tous mes vœux en cette nouvelle année, baignée de la lumière et des reflets que nous offrent les évailles.
Désapprendre. Déconditionner sa naissance. Oublier son nom. Être nu. Dépouiller ses défroques. Dévêtir sa mémoire. Démodeler ses masques.
Jacques Lacarrière, Sourates, 1990
J’ai découvert le mot « évaille » en arrivant dans le marais sauvage. C’est du patois. Le vocable est formé du préfixe « éve » qui signifie eau et du suffixe « aille » si on l’emploie au féminin. Ce dernier est plus compliqué à définir. Il s’agirait de l’eau, sur un endroit déterminé, en période de crue. La traduction d’ « évaille » est donc crue ou inondation.
Le marais mouillé est un site unique. Véritable dédale aquatique fait de conches créées par les hommes, successivement, il est principalement constitué de prairies bordées d’arbres plantés densément en alignements. C’est ainsi que frênes têtards et peupliers, rythmant les berges des voies d’eau, forment une cathédrale de verdure.
Chaque hiver annonce le retour des évailles. Ces crues permettent aux étendues du marais d’être recouvertes d’eau et de laisser apparaître des miroirs qui révèlent d’infinis scintillements.
L’eau reprend ainsi la place qui était sienne bien avant le façonnage mené par l’homme pour créer le marais poitevin.
A la saison des évailles, les maraîchins disent que le marais « respire ». Un nouveau souffle, chaque année, pour la nature, pour nous. Belle et heureuse année à chacun.

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